GOO
Le Grand Orchestre d’Ordinateurs
Le GOO est un projet réunissant des artistes membres d’APO33 et des artistes invités autour de la création d’un dispositif numérique de production musical et sonore collectif via le réseau internet. Cette expérience se distingue nettement d’une simple intégration de moyens informatiques dans un orchestre. Nous abordons en effet l’orchestre en terme de système de coopération de plusieurs éléments dans un ensemble sonore commun. Chacun des artistes qui participent à ce projet utilisent l’informatique d’une façon très particulière dans leur activité personnelle. Dans ce projet nous construisons ensemble une collaboration entre ces différentes approches.
Ce projet s’est formulé dans le cadre des recherches du collectif APO33. Ce projet a été présenté pour la première fois le vendredi 15 novembre 2002 au Musée des Beaux-Arts de Nantes. Six artistes travaillent ensemble à la présentation au public de cet “orchestre”. “Le Grand Orchestre d’Ordinateurs” : tout est déjà en germe dans cette expression, plus précisément dans les incohérences qu’elle annonce. Il suffit de rajouter que cet intitulé est présenté à six artistes qui vont l’examiner dans tous les sens, le décomposer, le démonter, le décortiquer, afin d’y trouver des interstices par lesquels ils vont pouvoir glisser leur approche de la création. Ce projet repose sur une double impossibilité : celle de l’orchestre et une autre, relative à la place actuelle de l’ordinateur, assemblées ici d’une façon forcée, exacerbée. Les artistes n’interviennent pas en tant que spécialistes de l’orchestre mais en tant que pratiquants d’une activité sonore expérimentale, pour leur capacité à développer quelque chose en terrain non acquis. La dimension expérimentale d’un projet ne se joue plus ici sur un terrain prévu pour cela, autrement dit sur une scène de musique expérimentale, mais dans le croisement improbable et apparemment incohérent de deux données contradictoires. Elle réside essentiellement dans l’issue incertaine du projet.
recherche d’un méta-orchestre
Deux issues possibles : l’une s’apparentant à un camouflage, consistant à accepter de juxtaposer les nébuleuses de conventions relatives à chacune des impossibilités citées plus haut (par exemple former un orchestre d’instrumentistes qui utilisent chacun leur ordinateur comme un instrument de musique) autrement dit, mimer l’orchestre. L’autre consistant à arriver de façon nouvelle, donc un peu brutale, au milieu de chacun de ces domaines que sont l’orchestre et l’ordinateur pour les faire s’interroger l’un l’autre. Mais revenons de plus près sur la nature de l’incohérence du projet, sur la rencontre impossible de l’orchestre et de l’ordinateur. L’orchestre est, actuellement, majoritairement identifié en termes folkloriques, et presque autant par les musiciens que par le public. Avec son image très formalisée, il se révèle dans les projets de création expérimentale aussi agile qu’un mammouth. Les créateurs agissant dans le champ de la musique trouvent ailleurs des outils beaucoup plus souples (via les musiques concrètes, électroacoustiques et autres, acoustiques notamment). Saturé de conventions et de formalismes, l’orchestre peut sembler dépassé à bien des créateurs. De par la présence de l’électronique dans le travail du son il n’est en tout cas plus un passage obligé pour le compositeur qui souhaite voir ses oeuvres jouées, même pour celles demandant les plus grosses masses sonores. L’ordinateur se présente actuellement aux non-informaticiens, c’est-à-dire au public, sous une forme bien particulière, non-informatique en soi, qui est le multimédia. Il est le véhicule sur lequel les principaux médias de notre monde actuel circulent : texte, son, image fixe et animée. Il est aussi l’outil sur lequel est généré et fabriqué une grande part de ce qui se donne à lire, voir et entendre sur ces médias. Il tend alors à apparaître comme un centre auto-suffisant de création. Le créateur ayant un ordinateur à sa disposition se trouve en situation de produire tout ce qui peut apparaître sur le multimédia. Sur le plan de la création musicale, il se retrouve ainsi aux commandes d’un orchestre virtuel, d’une image d’orchestre, au moyen d’énormes réservoirs de sons dont chacun d’entre-eux est disposable sur des partitions géantes pouvant superposer un nombre impressionnant de lignes timbrales différentes. L’ordinateur prolonge en cela une vieille tentative de créer le super-instrument contenant tous les autres, tentative qui se concrétisa antérieurement dans l’orgue et dans le développement de l’orchestre symphonique. En ce sens, l’ordinateur ne serait qu’une version moderne de l’orchestre traditionnel. En quoi le musicien aurait-il alors besoin de se mettre en situation de collectivité, avec les contraintes que cela comporte, conflits entre avis esthétiques divergents alors qu’il dispose d’une armée d’instruments qui lui répond au doigt et à l’œil ? C’est que l’ordinateur est justement plus qu’un simple instrument. Il peut en effet être utilisé comme un instrument traditionnel, mais c’est alors passer à côté des problèmes et possibilités qu’il ouvre. Une des spécificité de l’ordinateur est que son utilisation n’est pas premièrement musicale, contrairement aux autres instruments de musique. L’ordinateur n’est qu’un avatar de l’informatique. Or l’informatique a d’abord été développée par l’armée pour des finalités de communication et de contrôle. Elle a ensuite été adoptée par un système économique lui aussi mettant en œuvre des stratégies de guerre et de conquête. Aujourd’hui, l’outil informatique se généralise, dans les pays les plus riches, à tous les niveaux de l’action humaine, notamment au niveau de la communication, conduisant de ce fait à exclure toute une partie de l’humanité d’un certain champ de la communication, processus déjà largement entamé par les dispositifs médiatiques. Grand Orchestre d’Ordinateurs : ce projet est un défi politique. Quel est le sens d’une pratique artistique qui n’inclus pas dans son geste une réflexion sur les outils qu’elle manipule ? La question n’est donc pas celle de l’ordinateur mais des dispositifs informatiques. Comment se réapproprier collectivement les dispositifs informatiques ? Comment ne pas les laisser nous dominer ?
Le GOO : proposition d’une poétique de l’informatique
Le GOO : proposition d’une poétique de l’informatique, d’une réappropriation symbolique de l’informatique qui reconfigure le dispositif de représentation qu’elle produit, c’est-à-dire qui détourne le dispositif de sa fonction de contrôle. Il s’agit de transformer le dispositif en instrument d’intervention et d’écriture poétique. Dans ce renversement, le collectif a une fonction centrale, nécessaire. Un artiste seul ne peut détourner le dispositif : soit il se laisse prendre par l’illusion de la maîtrise et utilise l’ordinateur comme un instrument traditionnel, soit il produit une forme d’installation qui institue l’autonomie du dispositif et l’impossibilité d’une intervention sur le dispositif postérieure à sa production : le dispositif échappe aux mains du créateur. Le spectateur d’une installation devient le reflet inverse du créateur emprisonné dans le dispositif qu’il a lui-même créé et sur lequel il ne peut plus agir. Seule une multiplicité d’individus peut saisir le dispositif, s’y infiltrer comme un élément à part entière et travailler depuis ses vides ou ses failles à le détourner, à lui donner une nouvelle fonction. Les membres du GOO travaillent à produire du son en réseau (via internet) : ils s’échangent des fichiers son qu’ils retransforment en direct. La circulation interne des sons produit une forme sonore particulière, spécifiquement liée au dispositif, encore en découverte par les artistes du GOO. La forme sonore correspond à la forme réseau, elle joue sur la variation des répétitions dans différents points de l’espace collectif.
Le GOO au delà de l’orchestre
Le GOO se révèle être tout à fait autre chose qu’un orchestre parce qu’il n’a pas de finalité de production pré-déterminée. Le GOO est un laboratoire d’expérimentation ouvert : c’est un laboratoire qui évolue à chaque intervention. Chaque intervention est une mise en situation du dispositif qui l’amène à expérimenter des formes différentes (par exemple, la mise en réseau avec des artistes à distance pendant la durée de l’intervention en public, ces artistes à distance étant les uniques sources productrices de son que les membres du GOO reprennent et retransforment). Le GOO comme laboratoire déploie l’expérimentation dans les deux sens de la chaîne de production sonore : celui de la production sonore en réseau et celui des dispositifs de diffusion du son. Deux questions se posaient : comme créer un espace, un point d’ouverture pour le public qui ne participe pas directement à la production sonore en réseau ? comment se réapproprier et reconfigurer, à travers l’outil technique de la diffusion, les espaces dans lesquels nous intervenons ? Les deux questions appellent une réponse commune. Le GOO est un instrument de production sonore multi-tête, il est aussi un outil de multi-diffusion. La multiplication des systèmes de diffusion, donc des possibilités d’écoute du son, implique une multiplicité de points de vue sur l’espace d’intervention et sur la forme sonore dans cet espace : le son devient un révélateur et un mode de reconfiguration de l’espace
Grand concert du Goo (période 1 : 2002 – 2005)
Le GOO : 5ème édition – Festival multimédia Scopitone – 1/2 juillet 2005 – Nantes
Principe :
A l’occasion du festival Scopitone, 5 membres du GOO invitent une dizaine d’artistes situés à différents points dans le monde à participer à la construction d’un réseau de collaboration sonore à distance. La modalité de présence est donc double : présence physique dans l’espace de re-présentation (le festival) et présence virtuelle à travers internet. La relation entre les artistes physiquement présents et les artistes virtuellement présents est une relation de dépendance fondée sur la confiance : le matériau musical sur lequel les artistes présents agissent et composent a pour unique origine l’envoyeur virtuel. Le dispositif prévu à Scopitone n’est que la partie visible d’un réseau invisible de dépendances : c’est une machine qui ne peut exister sans la nourriture que lui envoie l’extérieur.
Les artistes connectés à distance envoient du son selon différentes modalités:
* chargement de fichiers son sur le serveur d’apo33 (avant ou pendant le festival)
* envoie de flux sonores en streaming (envoie de données numériques en temps réel pendant le festival)
Les membres physiquement présents du GOO récupèrent les sons envoyés et les font transiter par un « patch » numérique (machine virtuelle) pour les transformer avant de les diffuser dans le lieu du festival à travers des systèmes de haut-parleurs indépendants. Les participants à distance sont aussi conviés à agir sur les sons en contrôlant des parties du patch numérique. Mais à la différence des artistes présents physiquement qui diffusent les sons dans l’espace, les acteurs distants n’ont qu’un rendu sonore global qui est celui du flux sur internet.
Les acteurs du GOO sont donc unis par un double lien:
* des transferts de sons (un rapport d’échange)
* une plate-forme d’action virtuelle commune (un espace de partage)
Le GOO n’est pas un dispositif clôt, une forme finie. C’est un espace d’expérimentation des pratiques de création en réseau. Or depuis que ce projet a vu le jour en 2002, les consciences et pratiques sociales on évolué et intégré des modes d’échange et de travail qui jusqu’alors étaient encore difficile à comprendre. Le projet du GOO se développe au fur et à mesure de ces évolutions et il est possible de voir dans la forme actuelle du projet les germes d’un développement futur qui participerait d’un bouleversement des pratiques artistiques : on pourrait imaginer que le GOO devienne une espace social de partage par la création, espace de partage dans lequel les membres du « public » se libèreraient de cette tutelle anonyme et passive pour devenir, au même titre que et aux côtés des « artistes », aujourd’hui encore enchaînés à leurs objets égotiques, les acteurs d’une production commune.
On pourrait imaginer que des participants situés aux autres extrêmités du globe proposent des interventions du GOO dans leur localité et convient les autres acteurs du réseau (dont les membres initiateurs) à une participation à distance… On pourrait imaginer des interventions polycentrées créeraient des constellations actives à l’intérieur du réseau anonyme qui s’étend sur toute la planète sous la forme d’internet…
Participants physiques :
- Sophie Gosselin – http://www.apo33.org/rubrique.php3?id_rubrique=56
- Jean-François Rolez – http://cybersapiens.org
- Emmanuel Leduc – http://clic.apo33.org
- Julien Ottavi – http://joe.apo33.org
- Jean-Philippe Roux – http://jpmail.free.fr
invités :
- Stéphanie Letaconoux – http://my16.free.fr/
- Benjamin Cadon – http://www.labomedia.net/
- Philipe Brioude – http://hyguenopolis.free.fr/
Particpants Virtuels :
- Kim Cascone (USA) – http://www.anechoicmedia.com/
- Dion Workman (Nz/USA) – http://www.sigmaeditions.com/sigma_dion%20workman.html
- Roel Meelkop (Hollande) – http://www.earlabs.org/thu20/thulid.asp?thulidID=2
- Tonio (?)
- Mattin (Pays Basque) – http://mattin.org/
-Opossitoppusum (Fr)
- Mathias Delplanque (Fr) – http://www.aavvrriill.com/
- Luc Kerléo (Fr) – http://luc.kerleo.free.fr/
- Dieb 13 (autriche) – http://dieb13.kling.org
- Randy Yau (USA) – http://www.23five.org/rhy/
- Philippe Pasquier – http://www.damas.ift.ulaval.ca/~pasquier/index.html
-Christian Vialard (Fr) – http://www.cvia.net – http://www.tiramizu.net – http://www.10tflops.net
- Pyo (Fr) – http://pyo.free.fr
- Ilios (Espagne) – http://www.siteilios.gr/
- Noisiv/Tob (allemagne) – http://www.tob.de.vu – http://www.noisiv.de.vu – http://www.radiokampagne.de
Le GOO : IVeme édition – St Nazaire – 24 MAI 2003
Dans le cadre du festival Résonances à St Nazaire, le GOO propose une expérimentation de la production sonore en réseau via le streaming. Le GOO réunit pour l’occasion différents artistes à travers le monde sous des modalités de présence distinctes : les artistes permanents du GOO sont présents physiquement dans l’espace du Théâtre Athénor, en lien, à travers internet, avec des musiciens situés à divers points de la planète. La relation entre les musiciens présents et les musiciens virtuellement présents est une relation de dépendance sonore fondée sur la confiance : le matériau musical sur lequel les artistes présents agissent et composent a pour unique origine l’envoyeur virtuel. Le dispositif proposé à Athénor n’est que la partie visible d’un réseau invisible de dépendances : c’est une machine qui ne peut exister sans la nourriture que lui envoie l’extérieur. Machine sonore, machine de digestion et de diffusion du son dans un espace : elle met en oeuvre plusieurs mécanismes de digestion et de multiples prothèses de diffusion, elle combine et agence différentes approches et écoutes du son.
Le GOO AU FRAC DES PAYS DE LA LOIRE – 2003
- Au Frac, le GOO propose une expérimentation de la production sonore en réseau via le streaming. Le GOO réunit pour l’occasion différents artistes à travers le monde sous des modalités de présence distinctes : les artistes permanents du GOO sont présents physiquement dans l’espace du Frac, en lien, à travers internet, avec des musiciens situés à divers points de la planète. La relation entre les musiciens présents et les musiciens virtuellement présents est une relation de dépendance sonore fondée sur la confiance : le matériau musical sur lequel les artistes présents agissent et composent a pour unique origine l’envoyeur virtuel. Le dispositif du Frac n’est que la partie visible d’un réseau invisible de dépendances : c’est une machine qui ne peut exister sans la nourriture que lui envoie l’extérieur. Machine sonore, machine de digestion et de diffusion du son dans un espace : elle met en œuvre plusieurs mécanismes de digestion et de multiples prothèses de diffusion, elle combine et agence différentes approches et écoutes du son.
LE GOO À LANAGAME – NANTES – 2002
- Le GOO (Grand Orchestre d’Ordinateurs) dans le contexte d’une lan@game.
Le GOO est un projet de création collectif utilisant les outils numériques – ordinateurs, interfaces hardware, connexion réseau local et internet (protocol TCP/IP) -. Il s’agit de constituer un espace d’échange et de communication collectif ayant pour but l’expérimentation sonore et la création musicale.
Les outils numériques permettent de construire des dispositifs d’échange et de dialogue en faisant transiter de l’information avec rapidité et sous n’importe quel format. Les outils numériques nous donnent les moyens de créer des espaces de production collectifs non hiérarchisés. Ils nous permettent aussi de construire des dispositifs à multiples entrées et sorties réversibles intégrant l’auditeur en tant que participant actif dans le processus de production.
Le GOO se propose d’intervenir dans le contexte du Lan@game comme une prothèse qui se grefferait sur un dispositif préexistant pour en détourner la fonction.







